Le monde réglementaire face à la crise de Covid-19
Rédigé par Axis-Alternatives le 16/04/2020

Au cœur de l’actualité, axis alternative suit les différentes annonces des autorités bancaires pour aider le secteur financier à faire face aux répercussions de la crise sanitaire actuelle et livre son analyse de la situation.

 

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Une crise sans précédent

 

La pandémie de Covid-19 que nous traversons a plongé en l’espace de quelques semaines près de la moitié de la population mondiale dans un état de confinement, paralysant ainsi des pans entiers de nos économies. Si la situation sanitaire semble s’améliorer dans plusieurs pays, de nombreux experts anticipent des répercussions profondes sur notre façon de produire et consommer et évoquent une crise sans précédent :


« Il ne s’agit pas d’une crise comme celles que nous avons pu vivre jusqu’à présent. Les crises passées étaient liées à un choc de demande alors qu’aujourd’hui il est nécessaire d’arrêter la production, c’est unique dans l’Histoire. La crise économique que nous vivons actuellement n’est pas le produit de disfonctionnements fondamentaux, elle est le produit de la nécessité de s’arrêter à cause de la situation sanitaire. »

Esther DUFLO, prix Nobel d’économie

 

L’agitation des marchés financiers est souvent le signe avant-coureur de la magnitude des crises à venir. Les décrochages spectaculaires et les volatilités record enregistrés depuis quelques semaines sur de nombreux actifs financiers laissent ainsi craindre aux analystes une période de récession durable aux conséquences au moins aussi marquées que la crise des subprimes de 2008. A l’époque, la mauvaise qualité du bilan de certains acteurs financiers avait été le détonateur d’une crise de liquidité et de crédit généralisée à l’ensemble de l’économie, poussant le Comité de Bale à revoir en profondeur les règles prudentielles sur la solvabilité des banques et leurs réserves de liquidité. Cette fois-ci, c’est la paralysie de l’économie réelle qui pourrait enrayer l’appareil financier et risque et l’industrie et d’aucuns espèrent l’intervention des autorités de tutelle pour éviter la contagion.

 

 

Priorité à la continuité d’activité

 

Face à cette situation inédite, les banques doivent relever un triple défi :

 

– Absorber à court terme l’hyper-volatilité des marchés par une gestion rapprochée des risques

 

– Prévenir les effets de la crise sur la solvabilité de leurs contreparties

 

– Poursuivre leurs programmes de transformation malgré le confinement de majorité des collaborateurs

 

Sur ce dernier point, régulateurs et superviseurs semblent enclins à assouplir certaines échéances réglementaires pour permettre aux institutions financières de se concentrer à court et moyen terme sur la gestion de la crise actuelle :


« Il est essentiel que les banques et les régulateurs soient dans la capacité d’allouer l’ensemble de leurs ressources pour répondre aux problématiques soulevées par l’épidémie de Covid-19. Elles devront continuer à fournir à l’économie réelle les services essentiels et s’assurer que le système bancaire reste financièrement et opérationnellement résilient. »

François VILLEROY de GALHAU, Gouverneur de la Banque de France

 

Ainsi, à l’échelon européen, l’EBA a annoncé la suspension ou le report des exercices de collectes ou autres consultations en cours, typiquement le QIS14 ou bien l’exercice biannuel de Stress Tests, afin de faciliter la continuité d’activité des établissement financiers sous sa juridiction.

 

Plus généralement, le Comité de Bâle a annoncé le 27 Mars 2020 le report d’un an, au 1er Janvier 2023, de l’entrée en vigueur de la finalisation des standards Bâle 3, qui incluent notamment la refonte des exigences Pilier 1 au titre du risque de marché (FRTB et FRTB-CVA) ainsi que l’emblématique “output floor” visant à contraindre l’usage des modèles internes. Même si ce report a rapidement été acté dans de nombreuses juridictions, l’impact au niveau européen est peu probable car la transposition définitive en CRR3 des accords internationaux n’était selon les experts de toute façon pas anticipée avant 2023 / 2024 pour laisser au Conseil, au Parlement et à la Commission suffisamment de temps pour le trilogue.

 

A noter toutefois que certains de ces accords ont été anticipés dans la CRR2 actuellement en vigueur à des fins de reporting, et que l’Industrie à récemment demandé à la BCE un report de plusieurs mois de l’exigence de reporting de la nouvelle méthode standard FRTB-SA, maintenant prévue pour Q3 2021.

 

Le contexte est aussi propice pour chaque établissement financier de faire état auprès des superviseurs locaux (FED, BCE, etc) des difficultés rencontrées dans l’optique d’obtenir un assouplissement des échéances fixées dans le cadre des plans de remédiation en cours.

 

Certains superviseurs se sont en effet montrés particulièrement arrangeants dans le contexte actuel, à l’instar de l’OSFI qui a accordé entre autres aux banques canadiennes une division par deux des coefficients multiplicateurs pour le calcul des RWA marché afin de juguler l’explosion des niveaux de VaR ainsi que la recrudescence des exceptions de backtesting.

 

Le tableau suivant reporte les principales mesures / assouplissements communiqués par les autorités de supervision et régulation eu égard à l’épidémie actuelle :

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